Cuisine médiévale.
On mangeait quoi à cette époque?
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recettes médiévales
L'alimentation était principalement composée
de viandes, de pain et des dérivés de pâtisserie. Sauf pour les nobles, la
cuisine médiévale est souvent une cuisine d'économie comme celle de nos
grands-mères. Une cuisine faite de plats en sauce, de ragoûts et de pâtés.
Les viandes
Lorsque c'est possible :
- En Europe la viande la plus courante à
l'époque médiévale était le porc et ses dérivés de charcuterie (jambons,
saucisses, saucissons, pâtés, lard, etc.). Les gaulois s'étaient déjà fait une
renommée dans la production de charcuterie à l'époque le l'empire romain.
- Les gros gibiers (sanglier, cerf et
chevreuil) étaient réservés aux nobles, le petit peuple se contentait de
lièvres et lapins de garenne.
-
Les oiseaux
de prestige (faisans, cygnes, aigles, paons) revêtus de leurs plumes, avec le
bec doré, entourés de bannières et disposés sur des socles de pâte en forme de
château fort etc., figuraient sur les tables de festins seigneuriaux. Les
nobles consommaient également des poulardes, oies, pintades, dindes, canards.
Le peuple se contentait de perdrix, pigeons, bécasses, cailles, et de petits
oiseaux (merles, grives, ortolans…).
- La poule, la vache et le mouton étaient
servis qu'occasionnellement, sur les tables médiévales (en ragoûts, farcis, en
croûte, en terrines) mais ces gibiers étaient habituellement conservés pour
les oeufs, le lait, la laine. Le boeuf étant l'animal de trait le plus répandu
au Moyen Âge était peu servi à table.
Cuisson à
la broche chez les nobles et en sauce, en ragoût ou en pâté pour le peuple.
En principe, tous les gibiers étaient
rôtis à la broche, souvent après avoir été bouillis pour être plus tendres. Ou
encore, ils étaient découpés en morceaux et cuits dans une sauce au vin
épaissie de pain grillé broyé ou de purée de féculents, en sorte de civets ou
de hochepots. On pouvait aussi mélanger plusieurs sortes de viandes pour
utiliser les restes ou les abats, coupés en morceaux et mis à la sauce
(épicée), ou broyés avec des herbes fines pour faire des pâtés ou des tourtes
(avec de la pâte).
Les épices
pour donner du goût et faire le jars
Les épices jouent un rôle dans la
civilisation depuis plus de 5000 ans. Elles ont été utilisées non seulement
pour ajouter de la saveur à la nourriture, mais aussi comme aide pour
améliorer le goût des plats de viandes dont la fraîcheur laissait à désirer
(la réfrigération est une invention relativement récente).
Considérés comme ayant également des vertus
médicinales, voir même magiques, les épices pouvaient servir à la préparation
de produits de beauté et jouaient également un rôle social. Leur rareté et
leur coût d'acquisition élevé leur donna une valeur comparable à l'or. En l’an
408, Alaric 1er, roi des Wisigoths a exigé une rançon de plus d’une tonne de
poivre (denrée précieuse, le poivre servait même de monnaie pour acquérir
terres et châteaux)
À une époque où l’habit fait le moine, montrer
à ses hôtes sa richesse en servant une cuisine épicée devient de bon ton. On
accommode donc les mets avec des épices venues d'orient et mises à la mode par
les croisés (girofle, safran, cannelle, gingembre, cardamome, poivre) et aussi
avec des oranges et des citrons dont le jus était utilisé pour parfumer
certaines sauces. Les épices fortes communes (thym, laurier, ail, oignon,
échalote, persil, ciboulette) aromatisaient les nombreux plats en sauce : au
vin, au vinaigre ou au verjus (jus de raisin vert). L'abondance des épices
fortes dans tous les plats s'explique également par l'absence d'excitants (thé
et café n'étant pas encore apparus en Europe) en dehors du vin et des alcools.
Les sauces
Les sauces étaient servies à part :
froides, l'été, à base de vinaigre ou de verjus additionné de fines herbes
hachées (sarriette, menthe, ciboulette) ; chaudes et épaissies, l'hiver, pour
accompagner venaisons et viandes.
Les poissons
En période de carême, la viande, les
œufs et le beurre étant interdit, on les remplaçait par :
- Les poissons frais (soles, turbots et tous
les poissons "nobles") Les carpes, anguilles, perches,lamproies, brochets -
nombreux dans les étangs des couvents et des châteaux. Les truites et saumons
gardés dans des viviers, étaient le privilège des nobles.
- Les poissons salés ou fumés (morues,
maquereaux, harengs, baleine).
- Les escargots, les grenouilles, les
écrevisses.
Cuisson
Les poissons frais étaient cuits au court-bouillon fortement aromatisée, ou
frits, ou accompagnés d'une sauce au vin ou présentés en gelés, ou encore,
mêlés et broyés en pâtés (escherois réalisés avec des salsifis) ou en tourtes.
Présentation, ordonnance et diversité des mets
- Le goût des plats "en croûte" s'explique par
l'absence de couverts à table et la commodité de les manger.
- Il n'existait pas la même "ordonnance" dans
le service des mets. Des fruits et des salades diverses pouvaient très bien
être servies en début. Le sucré et salé cohabitaient constamment soit à
l'intérieur d'un même plat, soit en se suivant. L'ordre des plats n'avait, en
fait, aucune importance !
- Chaque convive n'était pas invité à prendre
de chaque plat, d'où l'extrême diversité et le nombre étonnant de mets sur la
table ! On choisissait ce qui plaisait ou ce qui était à la portée. Pouvaient
donc se mêler pâtés de viande en croûte, tourtes de poisson aux amandes et au
vin blanc, jambons ou gibiers enrobés de pâtes croustillantes et dorées,
gâteaux rustiques (à base de pâte à pain, de fromage blanc, colorés de safran
ou épicés de cannelle, de cumin, d'anis, de gingembre), pains d'épice,
bretzels salés, fougasses sucrées (sortes de brioches), gaufres, beignets,
crêpes, pets-de-soeurs, etc.
Les desserts
et douceurs
En fin de repas, apparaissaient des desserts :
- Tartes au flan, rissoles aux fruits secs et
au miel, pain perdu, riz "engoulé" aux amandes et au miel, blancs-mangers
colorés et parfumés de fleurs d'oranger.
- Dans les repas de fête, on aimait croquer des
"douceurs" qui ressemblaient à nos actuels petits fours, sucré au miel - le
sucre étant un luxe venu des croisades !
- Des dragées faites de grains de coriandre ou
de genièvre, des fruits secs enrobés de sucre ou pilés et malaxés avec du miel
(pignons de pin, pistaches, amandes, noix, noisettes), des fruits confits, ou
cuits dans le vin ou le sirop, les pâtes de fruits, les massepains parfumés à
la rose… Ces "épices de chambre" faisaient l'objet de cadeaux de bienvenue, de
remerciement, et étaient très appréciés !
Le "pain
quotidien" du paysan
Donnez nous notre pain
quotidien :
- Avec les fromages, les racines et les fruits,
le pain était la base de la nourriture paysanne. Il se présentait en grosses
miches rondes, en couronnes, en petits pains individuels.
- Ils étaient faits de farine blanches, de
gruau, de seigle, saupoudrés de cumin ou d'anis, voire de marjolaine ! Les
boulangers et les ménagères en fabriquaient de toutes sortes ; on raconte que
même les pains "ratés" étaient vendus sur le parvis de Notre-Dame pour faire
des liants de sauce !
- De grosses tranches épaisses, un peu rassies,
nommées "tranchoirs", servaient d'"assiettes" ou de supports aux
viandes en sauce (on les jetait ensuite aux chiens avec les restes).
Les fruits
- Moins consommés par les nobles que par le
peuple, les fruits étaient exclusivement ceux de la région et de la saison
(fraîcheur oblige) (à part les dattes, figues, oranges, citrons, abricots,
pêches, mis à la mode par les croisés, et ensuite implantés dans les régions
les plus chaudes). Pommes, prunes, raisins, poires étaient récoltés dans les
jardins, alors que fraises, framboises, mûres étaient cueillies sauvages en
forêts.
Les légumes
Les légumes étaient de trois sortes :
- les racines (navets, betteraves, salsifis),
- les féculents (pois, lentilles, fèves), et
- les légumes verts (choux, salades, bettes,
cardons, épinards).
- Les herbes fines étaient utilisées surtout
comme condiment à la place du sel sur lequel pesait un impôt très lourd : la
gabelle.
Les céréales
- Blé et froment
: Il y a plusieurs sortent de blé au moyen âge.
Les deux principaux sont le blé d'hiver robuste et régulier en rendement et
celui de printemps qui lui est fragile et irrégulier mais qui est semé
lorsqu'il s'en fait grand besoin ou quand le blé d'hiver est gâté ou que le
paysan n'a pas pu semer le blé d'hiver.
- Épeautre
: C'est une céréale rustique, sous les Carolingiens elle sert à faire le pain
et la cervoise mais elle est contraignante dû à l'enveloppe du grain qui
demande plus de préparation que les autres céréales, à cause de cela petit à
petit on la laisse de côté malgré des richesses alimentaires et médicales
reconnues.
- Amidonnier et Engrain
: L'Amidonnier est très ancien et proche de l'hépeautre, on en trouve trace
chez les Egyptiens et Romains ; Il était alors appelé Far. L'Engrain vient
d'Asie Mineure, il est beaucoup moins cultivé que l'amidonnier. Il est utilisé
pour les bouillies et semoules.
L'arrivé du pain va faire disparaître petit à petit ces deux céréales.
- Seigle
: On trouve les premières traces de cette céréale vers le Veme Siècles. Elle
est très résistante aux climats rudes(chaud ou froid).
De plus elle a un bon rendement. Elle sera très utilisée pendant tout le moyen
âge, cependant elle décline sur la fin du Xeme Siècle.
- Méteil
: C'est un mélange de céréales semées, moissonnées et broyées ensemble. Ce
mélange sera utilisé entre le IX et XIIeme siècle.
- Orge
: La plus ancienne des céréales. Elle est considérée comme d'hiver au moyen
âge. Elle est très répandue sous les Carolingiens. Elle sera très usitée pour
la brasserie et la nourriture mais déclinera à l'approche de la fin du Moyen
Age.
- Avoine
: Sous la dynastie Carolingienne elle servait dans la confection du pain, mais
vers le XII eme siècle elle ne servait pratiquement plus que pour le bétail.
Elle est très rustique et résistante, elle pousse sur n'importe quel terrain
et demande peu de soins.
- Mil/Panic
: Beaucoup utilisé pour la panification mélangée à d'autres céréales, on en
trouve encore trace au XIII et XIV. Il disparaît petit à petit vers la fin du
XV eme siècle. On pense que ce recul est du à la popularité de l'orge et
surtout à l'abandon des bouillis au profit du pain.
- Sorgho
: Elle provient d'Inde, elle apparaît en occident au Ier siècle après
Jésus-Christ. C'est une céréale peu exigeante semée au printemps. Elle sert de
fourrage et à la panification mélangée à d'autre farine.
Boissons et
breuvages
- En dehors du vin et des alcools servis
pendant les repas, la bière (Cervoise) et le cidre étaient aussi appréciés -
selon la région - que les bourgognes rouges et blancs.
- Pour faciliter la digestion, on servait des
breuvages aux herbes (vin d'anis, d'absinthe, de romarin, de sauge) ou aux
épices, tels l'hypocras, le clairet.
- Avec les sucreries on servait des vins très
généreux (malvoisie) et des vins doux.
Cuisine et
salle à manger ...
- Au moyen-âge, la maison commune se compose
d'une seule pièce mal éclairée, au sol en terre battue parfois recouvert de
paille ou de branchages. Elle fait fonction de chambre, de salle commune et de
cuisine. Même dans les demeures les plus aisées il n'y a pas de pièce réservée
aux repas.
- Le foyer ouvert à même le sol se trouve en
général près de la porte pour une meilleure évacuation de la fumée. Centre de
la vie domestique, il est à la fois source de chaleur, de lumière, aire de
cuisson et lieu de consommation des plats.
- Le réchaud, posé près de l'âtre, permet de
concentrer la chaleur
des braises, pour faire mijoter ou réchauffer les aliments.
- Sauf pour les demeures aisées, la cheminée
participe peu au confort de la maison avant le 15e siècle.
- Le poêle, par contre est très tôt adopté, par
tous les milieux sociaux, des régions de l'Est.
Savoir
recevoir à table ...
- La table est composée d'une simple planche
posée sur des tréteaux. On dresse la table (l'expression «mettre la table»
vient de cette époque), que l'on recouvre d'un doublier (nappe pliée en deux),
là où l'on désire manger. Les serviettes sont constituées par une longière,
pièce de tissu étroite qui fait le tour de la table permettant aux invités
d'avoir les genoux protégés et de s'essuyer la bouche ou les mains.
- Les convives sont placés d'un seul côté de la
table selon leur rang, l'autre côté étant utilisé pour le service. On s'asseoit
sur des bancs (le terme banquet vient de ce mot), la place d'honneur pouvant
être marquée par un fauteuil (cathèdre).
- Les plats sont apportés recouverts d'un
linge, peut-être pour en garder la chaleur ou pour montrer aux hôtes que
toutes les précautions ont été prises contre l'empoisonnement, d'où
l'expression «mettre le couvert».
- L'argenterie et l'orfèvrerie des grandes
maisons ne figurent pas sur la table mais sont disposés sur le dressoir. Il
existe cependant une pièce de prestige posée devant le prince lors des repas :
la nef de table. Véritable chef d'œuvre d'orfèvrerie en forme de bateau dont
le pont, formant couvercle avec la porte, sert au rangement des «couverts» du
prince, des épices précieuses et des contrepoisons corne de licorne,
crapaudine, langue de serpent réputées pour changer de couleur ou de saigner
au contact d'aliments empoisonnés.
- On mange avec les doigts, les cuillères
présentent sur la table ne servant qu'à prélever les sauces de l'écuelle où
elles sont présentées au tranchoir (tranche de pain épaisse, ancêtre de
l'assiette).
- Le couteau est un objet personnel, porté à la
ceinture. Il ne fait pas partie du service de table. L'Officier ou
Escuyer-tranchant présente la viande aux convives préalablement découpée en
menus morceaux ou en fines lamelles.
- On boit dans des gobelets ou plus rarement
dans des verres à tiges (dans les cours princières ou ecclésiastiques).
- Aucun de ces objets n'est d'usage individuel.
Même lors de banquets fastueux, entrecoupés de nombreux intermèdes dansés ou
musicaux (les entremets), chaque convive dispose au mieux d'un tranchoir par
personne, et d'une écuelle pour deux.
Service et
ambiance ...
- Placez sur la table des petits bols dans
lesquels vous aurez mis des fleurs séchées coupées en petits morceaux
(lavande, thym ou origan, menthe, anis étoilé) et des pétales (roses, aux
autres, colorés), ainsi que des écorces d'oranges pelées d'un seul coup puis
séchées.
- Vous pouvez également placer des oranges,
piquées de clous de girofle serrés les uns contre les autres sur toute la
surface. Elles joueront le rôle de déodorants.
- La fourchette est une invention de la
renaissance. À l'époque, on se servait des doigts, d'une cuillère et d'un
couteau. Chaque convive (les dames également) portait sur lui un couteau
presque en permanence.
- Pour se laver les doigts, placez sur la table
des bols remplis d'eau et offrez à vos invités des essuis main de tissus. Dans
les grands festins, offrez ce service via les personnes qui font office de
serviteurs.
- Pour faciliter le service et faire comme à
l'époque médiévale, apportez en même temps sur la table plusieurs plats,
variés, mélangez sucrés et salés, chauds et froids. Si vous servez les plats
chauds dans de la vaisselle de grès ou de terre cuite, sortant du four et
coiffée de couvercles, vous n'aurez pas besoins de trop de personnel, ni de
vous déranger trop souvent !
- Pour les boissons, emplissez de cidre ou de
bière des grosses cruches en grès et disposez-les sur la table tous les cinq
convives. Alternez-les avec des flacons de vins de formes anciennes (genre Dom
Pérignon), ou des aiguières, ou autres…
- Invitez vos amis à se servir eux-mêmes.
- Si vous en avez, posez sur cales des petits
tonnelets de vin et de bière ("de garde") ; placez-les à proximité de la
table, tant pour l'aspect décoratif que pour le côté pratique du service…
- Si vous achetez votre vin dans un vinier,
n'oubliez pas de le transvaser dans un récipient plus adéquat ! La dame-jeanne
est moins pratique pour verser et soutirer que le tonnelet.
Pour
conclure …
- Beaucoup de recettes de nos grands-mères
(civets, daubes, bourguignons, soupes paysannes, rôtis farcis, tourtes,
tartes, pain-perdu, gaufres, pâtes de fruits, compotes, etc.) viennent en
ligne directe de celles du Moyen Âge, il est donc très simple de préparer un
repas "d'époque" satisfaisant !
- Afin d'éviter toute fausse note déplaisante
qui remettrait en cause l'authenticité de vos préparatifs, prévenez vos
invités de certains interdits impératifs : n'offrez pas de café ni de thé. (liste
des interdits)
Pour en
savoir plus …
- Maggie Black, The Medieval Cookbook, British
Museum Press, London, 1992.
- Jeanne Bourrin, Les recettes de Mathilde
Brunel, cuisine médiévale pour table d'aujourd'hui, Flammarion, Paris, 1983.
- Jean-Louis Flandrin et Carole Lambert, Fêtes
gourmandes au Moyen-Age, Imprimerie Nationale Editions, Paris, 1998.
- Bruno Laurioux, Le Moyen Age à table, Adam
Biro, Paris, 1989.
- Odile Redon, Françoise Sabban, Silvano
Serventi, La gastronomie au Moyen-Age, 150 recettes de France et d'Italie,
Stock, Paris, 1991, 3e édition, 1995.
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